Accouchements en maison de naissance

Ta Naissance

Mon bébé, laisse moi te raconter la grande histoire de ta naissance. C’en est une qui commence fin 2018, alors qu’on parle de plus en plus de donner à Soa une petite sœur ou un petit frère. Quelque chose au fond de moi me retient. Le monde me fait si peur, de plus en plus, que je me vois mal y amener un autre être humain. Et pourtant comme j’en ai envie! Alors je travaille sur moi et c’est début 2019 qu’on commence nos démarches avec la clinique. Un essai, puis un autre, et encore un. Chaque fois, la déception. Chaque fois, un sentiment que mon corps me trahit. Mamou et moi, on décide de profiter de nos vacances en France pour nous reposer, faire le point et reprendre notre souffle. À notre retour, on recommence. C’est le 15 septembre que l’essai gagnant aura lieu. Mais ça, je ne l’apprendrai que le 26, au camping des Escoumins, sous la tente trempée de pluie et nous transies de froid. Le frisson à la lecture du petit « enceinte » sur le test. Et nos sourires. Enfin!

Je te sens bouger en moi très tôt, avant même notre premier rendez-vous à la maison de naissance. Rdv qui confirmera, avec l’échographie, ta présence et ta pleine santé.

Les semaines s’égrènent et mon ventre s’arrondit. J’ai une grossesse de rêve: pas de nausées, pas de douleurs, pendant le premier trimestre je ne prends même pas de poids. J’ai tout le temps faim, je mangerais des kilos de concombre, et à part une bonne fatigue et un manque de patience pour ta pauvre grande sœur qui annonce fièrement « y’a un bébé dans le bedon », je suis en pleine forme.

En février, une violente douleur à la sciatique me bloque 2 semaines. Papi et Mamie sont venus nous visiter. Voir leur dernier bébé s’arrondir leur fait bizarre. Après des vacances au chalet ils repartent, avec la promesse de revenir pour ta naissance, de voir une dernière fois mon gros bedon, de te sentir dedans avant de te voir dehors. En parallèle, on planifie ton arrivée. Je souhaite accoucher à la maison, avec ta grande soeur et sa marraine pour l’accompagner, notre sage-femme et Chloé pour les photos. Je réserve ma piscine d’accouchement: je me vois accoucher dans l’eau. Je suis sereine et pleine de confiance.

Un événement imprévu vient mettre le bordel dans tout ça: la Covid. J’ose espérer que ce mot ne dit plus rien à personne lorsque tu es en âge de lire ça. Bref, ce vilain virus paralyse tout, nous confine chez nous (allo télétravail et arrêt de garderie!) et cloue les avions au sol. Et interdit les accouchements à domicile et les accompagnants autres que conjoint.e.s à la maison de naissance. Patatras ma jolie utopie. Dans les semaines qui suivent, on pleure, on est en colère, on ne comprend pas. Tout à coup, notre suivi si humain, si doux, prend le bord. Des rdv par téléphone, certains sur place mais où je dois me rendre seule. On propose des idées pour que ta sœur puisse quand même nous accompagner, elles sont toutes rejetées. On envisage un accouchement non assisté, longtemps. Mais on se laisse submerger par nos peurs. Si quelque chose tournait mal? Si tu étais malade comme Soa en naissant? Alors on se rend à l’évidence, on accepte qu’un virus venu de l’autre bout du monde vienne affecter jusqu’à ta naissance et on utilise notre résilience pour avancer dans notre préparation. Quoi qu’il arrive, tu vas naître de toute façon. Toi, tu te fous pas mal de tout ça. Tu grandis, tu gigotes, tu as le hoquet et tu es en bonne santé. Moi aussi d’ailleurs. Je mange toujours des kilos de concombre et de pain, mes 2 folles envies de grossesse. Je commence à avoir des Braxton-Hicks assez fréquemment. Ce n’est pas douloureux, même pas vraiment gênant si ce n’est que ça me donne systématiquement envie de pipi.

Le 1er mai, j’arrête de travailler. Je peux enfin me plonger dans ma préparation. Je me crée des phrases de motivation avec de jolies images. Je monte ta table à langer et ton lit. Je nous trouve un lit de cododo. Je nidifie. Je fais du yoga avec Soa. Je lis. J’essaie de rester sereine.

Le 6 juin, on fête, en avance, les 3 ans de ta grande sœur. Une belle journée sous le soleil en belle compagnie tout en respectant les règles post-confinement. Ta sœur est contente, elle a eu ses premières Barbies.

Mamou a hâte de te voir. Moi je ne suis pas pressée même si mes nuits commencent à être inconfortables: il fait chaud, tu me fais mal aux côtes et j’ai envie de pipi vraiment souvent.

Lundi 8 juin. 40 semaines. Je suis officiellement à terme, au Québec. Les paris sur ta date d’arrivée et ton sexe vont bon train mais tu ne sembles pas pressé(e). On apprend le retour des accouchements à domicile. Trop tard pour nous. Et il faudrait que Soa aille ailleurs. On s’en tient à notre plan. Toi, tu as la tête bien fixée dans mon bassin. Tu te prépares.

Mardi 9. On apprend que la présence des accompagnantes est discutée de nouveau. Elle sera décidée le lendemain après-midi.

Mercredi 10 juin. 3h37 du matin. Une contraction me réveille. Pour une Braxton-Hicks, c’est fort! Je me rendors. 3h48. Une autre. Ah?! Ça continue comme ça jusqu’à ce que je sois tannée. Il est 5h30 quand je décide de me lever. J’ai envie de m’étirer sur mon ballon, d’écouter les oiseaux et de respirer l’air du matin dans le jardin. Et puis, Isis veut rentrer. Elle l’exprime à grands renforts de miaulements désespérés sous la fenêtre de notre chambre. Dans le lit, Mamou dort à poings fermés et ne se rend compte de rien.

Je me mets dans le salon sur mon tapis de yoga, appuyée sur mon ballon. Les contractions vont et viennent, irrégulières. Mon amie Axelle m’écrit par hasard. Elle pensait à moi, se disait que tu devrais arriver bientôt. Je suis un peu fébrile à l’idée de ce qui s’en vient.

A 6h, je commence le petit déjeuner. Mamou descend, incrédule. Quand je lui dis que j’ai des contractions, elle a soudain l’air d’un enfant découvrant les cadeaux sous le sapin le matin de Noël. Je lui dis d’aller travailler, au moins son premier client, que je peux gérer. J’écris à Anne-Sophie pour qu’elle puisse commencer à se préparer. Je suis contente d’avoir jusqu’à 8h avant que ta sœur se lève, pour apprivoiser tout ça, t’avoir juste pour moi encore un peu. Au moment où Mamou va partir, on l’entend appeler. Elle a du sentir l’excitation. Elle se lève. Raté pour la tranquillité! Je finis de déjeuner et je la fais déjeuner. Je sens dans mon corps que les choses changent vite. Les contractions restent irrégulières mais je n’ai plus envie d’être seule et de gérer Soa. A 8h j’appelle sa marraine (que je réveille) et lui demande de venir. Je texte Mamou pour lui demander de se dépêcher.

Anne-Sophie arrive et je suis soulagée de la voir. Soa est tellement contente elle aussi. Elle s’habille puis elles vont jouer dehors où je les suis de loin. Elles rient, elles courent, elles se cachent. Je prends mes contractions en les regardant, très au fait du caractère à la fois exceptionnel et très banal de ce que je vis en ce moment.

9h. Mamou rentre et on appelle Clara, qui est de garde. Elle confirme la latence et demande de la tenir informée de l’évolution. Je me sens très en phase avec notre plan de match qui consiste à rester à la maison le plus longtemps possible, même une fois le travail avancé. Mamou va se changer, se laver, prépare les dernières affaires. Je la sens fébrile mais elle se contrôle. On informe Chloé aussi, qui travaille mais pourra se libérer si jamais ça avance vite, ce qui est rare pour un premier bébé.

En fin de matinée, Anne-Sophie nous fait à manger. Ça tombe bien, j’ai faim. On mange toutes les 4. Je dois me lever à chaque contraction, incapable de les prendre assise. J’écoute mon corps. Quand les contractions se terminent, je reprends mon repas et mes conversations. Je profite ensuite de la sieste de Soa pour me reposer après avoir fait un jeu avec Mamou et Anne-Sophie. Quand Soa se lève, on va se balader. J’ai terriblement envie de m’imprégner de l’ambiance de cette journée. Le soleil se voile, il y a du vent, le temps est orageux et lourd. On fait le tour du bloc, pas plus. Je regarde Soa sur son vélo d’équilibre, elle demande à sa marraine de lui courir après. Moi je tiens la main de Mamou qui tient la laisse de Yougi. Je m’arrête pour les contractions. Je me fais la réflexion que tous ces gens dans leur maison ne savent pas qu’une femme en train d’accoucher passe devant chez eux. Quand on rentre, vers 15h30, Mamou commence à remplir la piscine. Mes contractions se rapprochent. J’embarque dedans avec Soa et des jouets. On met ma playlist et le diffuseur d’HE. Mamou rappelle Clara, qui pense que j’ai commencé mon travail actif. En effet, mes contractions sont aux 5min et plus intenses. Je respire bien, je me sens incroyablement bien et sereine. Soa m’appuie dans le dos avec Mamou pendant les contractions et puis on joue quand elles sont terminées. Trop chouette.

16h20. Pendant une contraction, j’entends un « poc » et je sens que ça coule de mon vagin. Beaucoup. « Je perds les eaux » que je dis à Mamou. Un peu stressée, elle saute sur son téléphone pour rappeler Clara. Effrayée par l’excitation soudaine de sa Mamou, Soa demande à sortir. On la rassure et lui explique ce qui vient de se passer. Avec Clara, on décide d’attendre avant de partir pour la maison de naissance, tant que je me sens bien à la maison. Elle nous confirme que les accompagnantes sont réautorisées en date d’aujourd’hui. Youpiiii! On rappelle Chloé, qui vient à la maison aussi vite qu’elle peut.

Mes contractions se rapprochent très vite. Un peu avant 17h, je dis à Mamou « je pense qu’on va y aller, si on attend encore j’ai peur de ne plus vouloir bouger ». On rappelle donc Clara. Je sors avec beaucoup de regret de la piscine et je m’habille difficilement. Soa est montée avec Anne-Sophie regarder un dessin animé, un peu ébranlée de toute cette agitation. Mamou termine de préparer nos affaires. Stressée. Excitée. En contrôle quand même. Je continue à bien souffler mes contractions, penchées en avant, les yeux fermés. Ça va bien mon affaire!

Chloé arrive. Elle nous offre une belle doudou baleines et monte offrir des tatous à Soa, que Mamou fait descendre pour me dire au revoir. Chloé blague « t’es ben trop souriante pour une femme en travail! ».

On décolle. Pendant le trajet, j’ai plusieurs contractions fort désagréables (je ne supporte toujours pas d’être assise) qui font sortir des vagues de liquide. La quantité m’impressionne.

17h15. On arrive en même temps que Chloé à la maison de naissance où Clara nous accueille. On est contentes de la voir, au téléphone elle n’était pas sûre de pouvoir être avec nous puisqu’elle était déjà en accouchement avec une autre maman. Notre chambre étant déjà prise (par une amie en plus!), on choisit la chambre feu, où ta sœur est née aussi. Je décide de monter à pied, va savoir pourquoi. Une contraction me prend arrivée en haut. Ouf! Une de plus! Arrivées dans la chambre, Mamou commence le remplissage du bain, met ma playlist sur l’enceinte et l’ylang ylang dans le diffuseur. J’ai tellement hâte de retrouver l’eau chaude! Décidément mon élément. J’enlève ma jupe, trempée, et Clara écoute ton cœur. Il est parfait! J’embarque dans le bain. C’est moins confortable que la piscine mais c’est quand même de l’eau chaude. Entre les contractions on discute, Mamou fait des blagues (son objectif est de me faire rire), Chloé fait des photos. Je mange encore.

Je perds la notion du temps à partir de là. Je vois juste la lumière du jour qui décline, éventuellement remplacée par la lumière artificielle des bougies.

Les contractions s’enchaînent, je les gère bien, et je me mets à vocaliser. Assez vite il me semble, mon ventre se met à pousser tout seul. Je prends toutes les contractions à genoux dans le bain. C’est ma position. J’essaie de me reposer en m’allongeant entre chaque mais c’est trop dur de retrouver la position une fois la contraction venue alors je reste comme ça. C’est inconfortable. Le fond est trop dur. J’ai des fourmis plein les jambes. Ça me dérange beaucoup et me déconcentre un peu. Ma piscine me manque. J’essaie de me soulager en mettant un pied au sol de temps en temps mais ce n’est pas concluant. Et puis, entre chaque contraction, des brûlures d’estomac. Intenses. Je crois vomir. Je regrette d’avoir tant mangé!

Mamou embarque avec moi au bout d’un moment. Elle me fait des points de pression, elle me caresse, elle m’encourage, elle me supporte avec ses bras. J’ai les yeux fermés les 3/4 du temps et je ne remarque sa présence que par bribes mais je sais qu’elle est là, qu’elle veille. Conformément à mes souhaits, Clara s’adresse à elle pour me transmettre des messages ou pour écouter ton cœur, qui fait ça comme un champion. Je sens que les choses avancent vite.

Je quitte le bain pour aller sur les toilettes. Pas longtemps. J’ai froid. Je suis mal installée. Je veux l’eau.

Je pousse sur certaines contractions, je me laisse guider par mes sensations, j’ai tellement confiance en mon corps et en toi, même si je commence à être fatiguée. D’ailleurs, entre les contractions, je m’endors. Mamou me tient même la tête!

Je ne sais pas depuis combien de temps on est là. Je perçois que les choses se précisent en voyant Jeanne dans la chambre. Je me dis que c’est bon signe. On appelle Soa sur Skype. J’ouvre les yeux pour lui faire coucou, ensuite tout ce que je sais de sa présence c’est sa petite voix qui m’encourage quand je pousse « vas-y maman t’es capable! » et ses questions « elle fait quoi la madame sage-femme? » qui font rire « belle cocotte! ». L’entendre me rassure et m’encourage. Elle veut te voir et moi aussi.

Mais je ne sais plus trop quoi faire, je sens que ça n’avance plus vraiment, je suis fatiguée et un peu tannée aussi. Clara propose de me faire un toucher, que je refuse. La dernière chose que je veux c’est être touchée. Je le savais avant même d’accoucher que je ne voulais pas ça. J’essaie de le faire moi-même, j’ai aucune idée de ce que je sens. Clara essaie de voir avec un miroir dans l’eau mais l’eau est trouble, c’est pas facile. Elle perçoit quand même qu’il y a une bande de col qui ne passe pas et te bloque. Elle me propose de la repousser. Je refuse encore. Les 3 contractions suivantes, je pousse plus fort encore. Clara me propose de nouveau et j’accepte. Cela m’oblige à changer de position. Prendre les contractions sur le dos est quasi intolérable. Elle parvient à retirer la bande de col. Et je recommence à pousser. Clara met ses doigts pour me montrer vers où pousser et m’encourage. Et puis elle nous dit qu’elle va prendre le coeur après chaque contraction. Mamou devient bonne à placer le capteur!

Je ne sais pas combien de temps tout ça dure.

Mais à un moment, Clara est venue me voir, s’est accroupie devant moi, a retiré son masque et m’a dit qu’il fallait qu’on m’aide, que ça n’avançait pas et que ce serait mieux que je sorte du bain.

Je suis déçue. Je n’arrive pas à m’y résoudre. Je voulais tant te faire naître dans le bain, par moi-même, dans la douce pénombre, notre sage-femme en retrait, seulement soutenue par ma femme et avec ta sœur qui observe, sereine, excitée et émerveillée. Mais j’y vais quand même.

Sur le lit, Clara veut vérifier ta position, elle n’est pas sûre que tu sois bien placé. Moi qui ne voulais pas être touchée, je suis servie. Les contractions s’enchaînent. Je suis mal sur le dos. J’essaie de pousser avec un genou et un pied sur le lit, pendue au cou de Mamou et de Jeanne. J’ai chaud. J’en ai marre. Ce n’était pas comme ça que je voulais que ça se passe.

Clara fait entrer Maureen pour vérifier ta position. Je suis à genoux. Tu es bien placé. Ouf. C’est déjà ça.

Mais voilà que ton cœur ralentit. Trop. Il passe sous la barre des 80. Ça devient urgent que tu sortes. Ni une ni deux me voilà sur le dos. Je vois Clara faire un signe à Chloé, qui éteint Skype. On me fait pousser fort. Tu dois descendre plus vite. Ça fait mal. Ça va trop vite. Je suis un peu perdue.

J’entends Clara parler de ventouse. J’ai peur. Puis j’entends parler d’ambulance. Dans ma tête, je crie « NON ». Je vois la table de réanimation de bébé entrer. Et à chaque contraction, on me fait pousser. Pousser dans la douleur. Je crie. Non c’était pas ça que je voulais. Vraiment pas. Ton cœur va un peu mieux, mais il compense encore.

J’entends à nouveau parler de ventouse. Je dis « mon pauvre bébé ». Chloé, à ma droite, se penche sur moi et me dit « ton bébé va naître, là, dans les prochaines minutes, à la maison de naissance comme tu le voulais, encore un effort! ». Ça me donne un boost.

Je pousse encore. Mamou m’encourage fort. Et Jeanne. Et Clara. Chloé me tient la tête à droite. Mamou à gauche. Jeanne ma jambe gauche. Clara prépare la ventouse et Maureen l’éclaire. À la contraction suivante, Clara insère la ventouse. Je n’oublierai jamais mon hurlement de douleur. Et puis je pousse, en tenant mes jambes de chaque main. Encore. Comme jamais. Ta tête sort enfin. Clara retire la ventouse si vite que je n’ai pas le temps de la voir. La contraction suivante n’attend pas et je pousse encore, libérant enfin le reste de ton corps. Je te vois. Un peu bleu, et le cordon autour du cou que Clara enlève tout de suite. Mon premier mot? « C’est un garçon! ». Et, me tournant vers Mamou « on a un garçon! ». Tu es gros! Il est 23h pile. Tu ne partageras pas, à une heure près, la journée d’anniversaire de ta sœur.

Clara te reprend pour t’aspirer un peu. Tu manques de tonus mais ça s’améliore très vite. Je te reprends sur moi et Clara me fait délivrer le placenta tout de suite, parce qu’elle se demande si je fais une hémorragie mais non. C’est ma déchirure qui saigne tant. On te laisse relié au placenta jusqu’au dernier battement puis Mamou te coupe ton cordon. Nous voilà séparés. Je te regarde. Des yeux gris foncés. Les sourcils froncés. 2 tâches de naissance sur la poitrine. Des petits pieds. Des lèvres pleines, charnues, rouges. Ma bouche. Que tu es beau, avec tes cheveux châtains foncés. Ta peau est bien plus claire que celle de Soa à la naissance. On rappelle Soa, qui était bien inquiète. Quand elle nous voit souriantes et détendues, elle est rassurée. Et ravie de te voir enfin!

Les sages-femmes nous laissent un moment pour faire connaissance. Ce souvenir est flou. Qu’a-t-on fait? Dit?

Clara revient examiner ma déchirure. Elle est trop importante pour qu’elle puisse me la recoudre et je dois aller à l’hôpital. Le plus tôt sera le mieux.

Quelques minutes plus tard, je te laisse à Mamou et m’en vais avec les ambulanciers et Jeanne qui m’accompagne. Nous voilà séparés pour vrai, moins d’une heure après ta naissance. Mamou me donne des nouvelles par message. Je vous retrouve 2h plus tard, recousue, courbatue, épuisée et nous passons le reste de la nuit tous les 3 dans le lit. Au matin, nous décidons de ton prénom. Celui que j’avais inventé et qui faisait un bel hommage à l’île de naissance de ta Mamou: Silao. Le mélange de Siam et de Lalao.

Le 11 juin, nous sommes rentrés à la maison. Ta grande sœur fêtait ses 3 ans. Quel anniversaire pour elle! Rencontrer son petit frère! Elle te prend en peau à peau et t’offre le toutou qu’elle avait choisi pour toi il y a quelques semaines. Belle grande fille. Nous sommes si fières!

Clara nous rend visite dans l’après-midi. Tu respires encore trop vite. Elle veut qu’on aille consulter en pédiatrie pour éliminer une infection, un problème quelconque. Je regarde ta Mamou se briser en mille morceaux. Le cauchemar vécu à la naissance de ta sœur recommence. On y croit à peine. Moi je suis dans un état second. Il y a moins d’urgence que pour Soa, mais quand même. On n’a pas de chance.

Finalement, on a passé moins de 24h à l’hôpital et notre séjour s’est bien passé. Notre vraie vie à 4 a commencé pour vrai le 12 juin. Toi et moi, on a vécu de gros challenges avec l’allaitement mais on a eu la chance d’être soutenus très fort par ta Mamou et ton incroyable grande sœur qui, du haut de ses 3 ans, nous épate tous les jours par son empathie, son implication et sa maturité. Elle n’a pas fini de te câliner et de t’apprendre des bêtises!

Toi tu as déjà 2 mois. Mon beau gros garçon. Tu nous souris, tu gigotes, tu ne quittes pas des yeux ta grande sœur qui semble déjà être ton idole.

Quant à moi, je guéris bien de ma grosse déchirure et je dois encore faire la paix avec mon accouchement (travail parfait, poussée chaotique) et notre séparation précoce. Mais en dehors de ça je suis très heureuse de ma jolie famille peu ordinaire. Et fière de ce parcours qui t’a mené à nous. J’ai hâte d’apprendre à te connaître.

Merci de nous avoir choisies.

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Crédit photos Chloé Dagnault

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