Accouchements à domicile

Novembre 2016, Naissance de Délia à la maison, France

« 30 novembre Il fait froid mais avec du soleil, le temps que je préfère. Flo et moi, on fait une promenade d’une heure en fin de matinée au bord du canal. On savoure les derniers jours, les derniers moments à deux. J’ai des contractions, comme d’habitude depuis le 5e mois. Elles ne font pas mal, elles n’agissent pas. C’est juste inconfortable. Je suis crevée de la ballade, mais je suis pressée d’aller chez l’ostéopathe cet après-midi. Le bébé bouge moins depuis hier, heureusement, parce qu’elle est tellement en hauteur que je souffre beaucoup. Brûlures d’estomac, douleur inter-costales, difficultés à respirer… Et chaque coup est vraiment désagréable. J’espère que la séance permettra d’inciter mon bébé à descendre et à laisser de la place dans ma cage thoracique (pour par exemple… mes poumons). Séance très intense, le bébé n’aime pas trop ça ! Quand je rentre chez moi, je suis fatiguée et mal, le bébé est reparti à sautiller et s’étirer dans tous les sens ; je sens qu’elle n’est pas confortable. Et moi non plus…

Au coucher, vers 21h30, je pleure toutes les larmes de mon corps. J’en ai marre. Et je le dis à ce bébé, que « c’est bon, tu peux sortir maintenant, j’avais dit pas avant décembre et demain c’est le premier décembre. Je suis à 38sa, la maison est prête, je suis prête. Vas-y sors. » Et je m’endors. 1er décembre 4h du matin. Je suis mouillée et je SAIS, instantanément. Pour ne pas m’enflammer, je renifle le liquide. Et ça ne sent pas le pipi. Ca ne sent… rien. Je me lève ; ça coule. Craignant une incontinence soudaine, je vais faire pipi. Je retourne dans la chambre, ça coule toujours. Et là je me donne le droit d’y croire et je réveille Flo. « Ca y est, je vais accoucher ! j’ai fissuré la poche, je perds du liquide. Allez lève toi !! » Je suis folle de joie, je sautille en disant « Je vais accoucher, je vais accoucher!! » C’est pour aujourd’hui, ou demain, mais ça y est, c’est parti. On s’active, on installe les matelas, les alaises, Flo met le poêle en route pour une grosse flambée. On sort le matos pour les sage-femmes. 4H30, je suis devant le feu, sur mon ballon, Flo est retourné au lit.

Les contractions de travail commencent. Dès la première, je sens la différence. C’est facile, c’est simple. Je fais du ballon, je visualise mon col, je marche un peu, je me mets à genoux contre le ballon. J’ai lancé ma playlist de musique prévue pour l’occasion. Mon ventre est toujours aussi haut qu’il y a 2 jours. 7H, Flo se lève pour aller au travail. Je textote mes 2 SF puisque les contractions continuent et se rapprochent gentiment, 1 toutes les 7-8 min. Flo part au travail, mais entre l’appel de Rose et le départ de Flo, je suis sortie de mon truc. Il se passe 20 min entre 2 contractions et ça m’agace. Ah non, on ne va pas y passer la journée ! Je décide de m’habiller pour aller marcher dehors et relancer tout ça. Sauf qu’à la moitié de l’habillage, une bonne contraction me cueille, je m’accroupis. Et 4 minutes après, une autre. Je me déshabille pour remettre mon paréo ; la ballade, ce ne sera pas nécessaire. Ballon, tapis, marche, contractions accroupie ou contre le mur. Ca s’intensifie. Je suis seule à la maison et je sens que ça va vite. Je rappelle Flo pour qu’il revienne. 9H, Flo est là, Aurore (la future marraine) aussi. Je mange les gâteaux qu’elle m’a apporté, je bois. Elle essaie de me masser le sacrum, mais c’est insupportable. Je crie sur Flo dès qu’il me touche. Je dis à Flo d’appeler les SF pour qu’elles viennent, les contractions sont à 4-5min. Rose dit qu’elle sera là dans 2h, Marie n’est pas joignable. S’ensuit une scène plutôt comique où Aurore et Flo sont assis tous les deux dans le salon, me regardent, discutent à voix basse. Comme ça me gêne, je leur fais des « ccccchhhhut » et je finis par les envoyer bouler. Flo part dans la cuisine, Aurore reste, et ils s’envoient des textos. J’entends les « ping ! » des SMS qui arrivent. Sans aucune amabilité, je finis par aller chercher mes boules quies, je me les colle dans les oreilles, et je suis enfin tranquille.

Je me remets à genoux sur le ballon. Je me concentre. Visualisation, fleur, col qui s’ouvre. Souffler. Accepter la douleur. S’ouvrir. Bouger le bassin. Je suis dedans, je suis bien. 10H lors du coup d’oeil à l’horloge. Je gère. 11H. Les 2 dernières heures sont passées en un clin d’oeil, je ne me rappelle de rien, j’ai fait du ballon et des vocalises graves. Mais je ne suis plus bien. Je cherche de nouvelles positions ; debout, appuyée au mur, contre une chaise, accroupie. Rien ne fonctionne, les contractions me foudroient. Je crie. Je m’exprime aussi, je râle, en mode « mais POURQUOI j’ai tout le temps mal ? On est pas censée dormir entre les contractions ? j’ai mal au coccyx, j’ai mal au dos… tout le temps… et putain Rose elle fait quoi ? POURQUOI ça fait aussi mal ? » Je suis sortie de ma bulle, et ça craint. Je n’accompagne plus les contractions, je lutte, mais le travail est intense. Rose arrive à 11h40, et pour tout accueil, je l’engueule. Je crois qu’elle fait un peu le point avec Flo, mais je n’enregistre rien, juste que j’ai mal. Rose me fait un TV (le seul, elle m’avait prévenue), et je me prends une contraction en étant sur le dos. C’est juste intolérable. Mais bon, elle dit que je suis ouverte à 4-5cm, donc c’est sur la bonne voie. Un monito, pas très long, nous dit que tout va bien. Rose propose un bain et je dis oui de suite. Mon plan, c’était d’accoucher près du feu, mais l’eau chaude me tente complètement.

La maison est plongée dans l’obscurité, on a laissé tous les volets fermés. Un peu d’éclairage aux bougies nous permet de nous déplacer. Je rentre dans le bain un peu après 12h. Le soulagement est immédiat, et je trouve une position qui me soulage, accrochée au cou de Flo. Je me suspends de toutes mes forces et je fais traction vers le bas, jambes écartées. Debout c’est difficile, mais à genoux dans le bain, face à face, c’est bien. Et là le temps s’arrête encore. Je n’ai plus de notion du temps. Je ne tilte pas quand Marie arrive dans la salle de bain. Je vocalise toujours des OOOO graves. Les contractions sont régulières, longues, mais ça y est, j’ai du répit entre chaque. Même si c’est une minute. Et que j’ai quand même mal au dos. Je pose ma tête sur mon bras, au bord de la baignoire, et je somnole. Et j’attends la prochaine, et quand elle monte, je fais traction sur Flo, et je crie, et je souffle. Rose me dit de les laisser monter et je vois ce qu’elle veut dire. J’accepte le plus possible, j’essaie de laisser la contraction travailler, mais au pic, j’ai trop besoin de me soulager en criant. D’un coup, je sens que ça pousse dans le haut de mon ventre, on me donne des coups de pieds ! C’est le bébé qui pousse contre mon ventre pour s’engager. Là, elle descend d’un coup, et c’est douloureux. Rose m’examine et me dit que la poche est encore là. La première contraction avec une poussée réflexe arrive, et je ne comprends absolument pas ce qui se passe. Je crie « ça pouuuuusse !!!! comme si j’allais à la selle ! » Et Rose me rassure… ça veut dire que je suis à dilatation complète ou presque ; elle me dit de faire ce que je sens. Donc je pousse. C’est hyper puissant et beaucoup plus agréable que les contractions. La sensation de poussée à la fin des contractions est juste le meilleur soulagement au monde. Un peu plus tard, Rose me dit qu’elle sent la tête directement contre le col ; la poche des eaux a éclaté (quand ? …) Les contractions sont fortes, rapprochées, mais je suis dedans. Je ne me rappelle de rien, je ne suis plus vraiment « là ». Mais ça fait longtemps que je suis dans le bain, longtemps que je pousse. J’en ai assez, elle ne sortira jamais. Je crois que je le dis : « j’en ai marre, je veux arrêter. Et j’ai soif ».

Marie m’apporte de l’eau, ça me prend toute mon énergie de boire. Je suis fatiguée, je veux dormir. Je chouine un peu. Et puis Rose me propose de changer de position. Je me retourne donc, accroupie face à elle. A la contraction suivante, elle dégage un bourrelet de col avec son doigt. Ca fait mal. À la contraction suivante, la tête passe, heureusement que Rose me le dit car je ne sens rien d’autre qu’une immense douleur partout. Une contraction plus tard, je pousse mon bébé hors de moi dans un soulagement sans nom en sentant son corps glisser facilement. Rose l’attrape et la pose tout de suite sur moi.

Il est 14h10. Délia est née, elle est là. Les premiers yeux qu’elle voit sont les miens. Elle y plonge son regard noir, intense, ce regard qui « sait » des choses, ce regard mystérieux et profond de bébé qui vient au monde. Elle ne pleure pas. Elle ne pousse aucun cri. Elle me regarde et elle regarde Flo qui est derrière moi. On pleure. Je dis qu’elle est belle et qu’elle ressemble à Flo, c’est totalement flagrant. Je tiens le cordon ombilical, assez court, dans ma main. Quand il arrête de battre, Rose le coupe. Délia rejoint son papa en peau à peau, enroulés dans une serviette chaude, et je sors du bain. J’expulse le placenta sur le tabouret d’accouchement moins de 30 min après la naissance. Ca saigne pas mal, mais ça s’arrête vite. J’ai atrocement mal à la vulve, je sais depuis le passage de la tête que j’ai une déchirure. On va s’allonger près du feu et Rose me recoud. Trois points, les 10 minutes les plus longues de ma vie. Je veux réaccoucher une 2e fois plutôt que de vivre ça. Mais ensuite Délia revient sur moi, tète un peu, et on s’allonge tous les trois. Je n’atterris pas, je suis complètement shootée par les hormones. On prend une ou deux photos. Les SF mangent un morceau. Elles repartent vers 18h, et nous, on se couche avec notre fille dans notre lit. Moins de 24h avant, on s’endormait à deux. Et nous voilà partis pour une nuit bien sûr blanche, sans dormir, à regarder notre bébé, qui elle, dort !!! Erreur de débutants… »

Morgane

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