Accouchements à domicile

Naissance en maternité, France, 7 janvier 2020

Ma date de terme étant estimée le 7 janvier 2020, j’avoue avoir rêvé d’un bébé Noël, mais les jours passaient, et bébé restait sagement au chaud. 

Lors d’une longue promenade le 28 décembre (j’étais drôlement en forme ce jour là), j’ai dis à mon mari que je pensais que notre petit garçon n’arriverait pas avant 2020 tant il semblait bien dans mon ventre.

Cette nuit là, je me suis pourtant faite surprendre à 5h22 tapante par une douleur que je n’avais encore jamais ressenti. J’ai attendu patiemment, sans bouger, et quelques minutes plus tard, cet inconfort nouveau repointait le bout de son nez. J’ai compris instantanément que mon corps se mettait en route pour accueillir mon petit trésor dans un futur proche. 

Même si ça n’était pas réellement douloureux, je n’ai pas réussi à dormir. Je somnolais légèrement entre les contractions, qui revenaient danser dans mon ventre toutes les 5-7 minutes environ. Après un appel à la maternité, les sages-femmes m’ont dit de ne pas venir pour le moment, car, pour elles, j’étais dans une phase de faux travail (je déteste d’ailleurs cette expression car tout travail fait par le corps pour accueillir son bébé n’est pas faux selon moi, mais bon, passons). 

La journée et la nuit qui ont suivi ont continué sur la même lancée, et je ne parvenais toujours pas à dormir ou me reposer. 

Le lendemain matin, les contractions ont soudainement commencé à devenir douloureuses. « Tiens, quelque chose a changé » me suis-je dis. 

L’intensité a régulièrement augmenté au fil de la journée. J’ai donc décidé d’aller voir ma sage-femme, à 10 minutes de chez moi, afin d’avoir un contrôle avant de décider de partir pour la maternité qui était à 30km de là.

À mon grand étonnement vu le discours de la maternité la veille, la dilatation avait commencé, et j’étais à 2 d’après elle. Elle trouvait aussi que mes contractions étaient déjà longues et intenses, alors que de mon point de vu, ça ne me semblait pas si terrible. Elle a fini le rdv en nous conseillant de partir tranquillement vers la maternité. Je n’y croyais pas, tout prenait une autre dimension. Dans quelques heures, mon fils serait parmi nous. 

Mon mari et moi sommes rentrés à la maison faire un peu de rangement et vérifier nos affaires au calme. Nous avons pris la route de la maternité 3h plus tard.

J’ai essayé de réaliser ce qui se passait durant le trajet, mais sans succès, malgré les contractions qui se faisaient douloureuses en voiture. À mon arrivée à la clinique j’étais sereine, rassurée, car j’avais pleinement confiance en eux. Mon premier contact ce jour là a pourtant été très mauvais. La sage-femme, en fin de garde, m’a fait très mal lors du toucher vaginal, et dégageait une froideur qui me m’a mise mal à l’aise. « Vous n’êtes qu’à 3, vous êtes venus trop tôt ! Je vous mets le Monito 30 minutes on verra après » m’a t-elle lancé avant de tourner rapidement les talons. Je sais maintenant qu’elle m’a flingué mon ocytocine, et le bon déroulé de ce qui allait suivre. 

 

Finalement elle n’est revenue que près d’1h30 plus tard. Je lui ai demandé de me retirer le Monito pour aller aux toilettes, car je me retenais depuis presque 1h (bah oui, elle m’avait ordonné de l’attendre…). Lorsque je suis revenue elle m’a de nouveau fait un toucher vaginal. La dilatation n’avait pas bougé (étonnant vu l’atmosphère rassurante non ?). Elle m’a dit qu’ils préféraient me garder du fait que j’habitais loin. Puis elle est partie en nous laissant là, sans plus de détails.

L’équipe de nuit a pris le relais, et une de ses collègues est venue nous voir un peu plus tard. Quelle joie ! J’avais déjà vu cette sage-femme et je l’avais trouvé absolument adorable. Elle m’a laissé le choix entre une chambre classique si je désirais demander la péridurale, et une salle de pré-travail munie d’une grosse baignoire et de ballons en tous genres. Mon souhait initial annoncé étant d’accoucher physiologiment et sans péridurale, j’ai choisi la seconde option. Avant de me faire couler un bain, elle m’a conseillé de bouger un peu avec mon mari pour aller boire ou manger quelque chose au distributeur, car je ne le pourrais plus le faire par la suite. Quelques minutes et quelques contractions intenses plus tard, me voilà revenue dans la chambre prête à plonger dans ce bain dont je rêvais depuis mon arrivée. Quel plaisir que la sensation de détente dans l’eau chaude ! La baignoire était si grande que je pouvais m’allonger dedans en étant totalement immergée. Je suis restée dedans de 20h à minuit environ. Puis, j’ai eu une chute d’énergie. Mon corps a commencé à fatiguer après ces 43h de contractions continues. Même si mon projet était de ne pas avoir recours à la péridurale, j’étais de plus en plus tentée, d’autant que l’anesthésiste m’avait expliqué que je gérerais moi même le dosage avec une pompe si je prenais cette option. 

La sage-femme est venue faire son toucher vaginal protocolaire vers minuit, pour m’annoncer que ma dilatation n’avait progressé que d’un cm en 4h… Là encore, chute évidente d’ocytocine… Au lieu de me dire que tout était normal, que l’état de fatigue était passager, elle a fini de me convaincre de demander la péridurale, tout en saluant ma force d’avoir tenu si longtemps pour une primipare. A cet instant, j’ai aussi pensé à ma sage-femme libérale, cette pépite, qui m’avait dit pendant les cours de préparation à l’accouchement que si, pour un premier bébé, j’arrivais à la maternité, ou optais pour la péridurale, seulement à partir de 4 cm, j’étais une warrior. J’étais alors vraiment convaincue de prendre la bonne décision.

J’ai été déménagée en salle de naissance, où l’anesthésiste m’attendait. « Quelle chance, il est déjà là ! » ai-je chantonné à mon mari. La pose de la péridurale s’est très bien passée et la douleur des contractions a disparu aussi vite qu’elle était arrivée près de 2 jours auparavant. 

A 2h du matin, un nouveau toucher vaginal a conclu que ma dilatation était toujours à 4. De même à 3h. La sage-femme a alors percé artificiellement la poche des eaux sans trop me demander mon avis. Je répétais depuis des mois que je n’en voulais pas, mais, me sentant incompétente à côté de l’équipe médicale, je les ai laissés faire à leur guise. 

2h plus tard j’étais à 8, puis 2h après à nouveau, à dilation complète. Il était presque 8h du matin, le jour se levait doucement derrière les montagnes. Je suis alors entrée dans un état de zenitude totale, j’étais dans ma quiétude. Bébé n’avait plus qu’à descendre. Comme la sage-femme l’avait dit lors du dernier contrôle, « la porte est ouverte mais il n’est pas encore prêt à la passer. Nous allons l’attendre, le plus douloureux est derrière vous, tout ira bien ». Pour inciter bébé à se retourner, car elle était persuadée qu’il regardait les étoiles, son dos contre mon dos, elle m’a allongé sur le côté. Tout allait bien oui, je le sentais avec certitude, et j’ai même commencé à m’endormir. 

Et là… Renversement total de situation avec l’arrivée de l’équipe de jour et la sage-femme qui a remplacé la femme douce que j’avais eu toute la nuit à mes côtés. Cette nouvelle personne était une femme anxiogène, qui a ruiné l’ocytocine et la détente si durement gagnées en moins de 2 secondes. Selon elle, mon bébé avait un rythme cardiaque trop rapide (depuis le début de la grossesse il avait un rythme légèrement plus élevé que la moyenne, mais rien d’anormal). Je lui ai expliqué, et elle a fini par m’écouter mais le mal était fait, je me suis assise dans mon lit toute tendue, les yeux rivés dans ceux de mon mari, pleins d’angoisse. Elle savait que mon fils était trop haut et qu’il n’avait pas entamé sa descente, mais elle m’a installé quand même, parce que ça ne lui plaisait pas trop disait-elle. 

Ce qui devait arriver arriva… Le gynécologue s’est installé, et j’ai compris que c’était le début des problèmes. 

Il a commencé par retourner mon bébé manuellement pour qu’il regarde vers le sol. La sage-femme a appuyé plusieurs fois sur ma pompe pour la péridurale, et m’a administré du syntho, tout ça sans s’adresser à moi. J’étais comme invisible, un cas d’urgence à sauver. 

Le gynécologue a ensuite essayé la ventouse à plusieurs reprises, sans succès, car elle n’adhèrait pas (il a même été rattrapé de justesse par le mur situé un bon mètre derrière lui, tant il avait tiré fort). Il s’énervait, jurait, tandis que les deux femmes présentes s’appuyaient de tout leur poids sur mon ventre. Sont ensuite arrivés les forceps, et une douleur lancinante. J’ai cru mourir, une masse était bloquée dans mon bassin. Je hurlais si fort de douleur que toutes les autres chambres ont du m’entendre. Mon conjoint a commencé à se sentir mal, et moi aussi. Les ciseaux sont passés à côté de ma tête, j’ai réalisé ce qui se passait dans ce brouillard ambiant, mais ça m’était égal. Je me voyais déjà partir en urgence au bloc. Je pleurais de douleur, je pensais que je n’y arriverais pas, qu’ils devaient me sauver. C’est alors qu’un encouragement venu de nulle part est arrivé à mes oreilles. C’était la sage-femme. « Allez on a besoin de vous » a-t-elle crié. 

Une vague de force a jailli du plus profond de mon corps. Wow, j’avais cette force en moi depuis le début ? Je me surprenais. Je me moquais éperdument de déchirer mon corps pour faire sortir mon bébé, car j’allais y arriver. Les yeux fermés, j’ai donné tout ce que j’avais, rien n’existait plus. J’ai entendu mon mari me souffler qu’il était là. Je prenais ça pour un encouragement, comme pour me dire « il est bientôt là ». Mais non, j’ai ouvert les yeux et mon fils se trouvait là, couché sur mon ventre, à pousser son premier cri. 

Je n’avais donc pas vu mon bébé naître, je n’avais rien senti à part cette douleur sourde, et l’on coupait déjà son cordon. Je ne voulais pas d’un clampage rapide non plus, mais je n’avais plus la force de quoi que ce soit. 

Le placenta est arrivé rapidement, mais quelque chose clochait. L’accouchement avait été si intense que mon placenta ne s’était pas décroché intact, ce qui a conduit le gynécologue à retirer manuellement les morceaux restés dans mon utérus. 

S’en sont suivies de longues minutes de suture pour panser ma déchirure du 4ème degré, durant lesquelles mon fils était en peau à peau contre son père. 

 

Depuis, j’ai embrassé cet accouchement, qui était à des années lumières de l’idée idyllique que je m’en était faite en fin de grossesse. J’ai affirmé mes positions, et je me suis formée auprès de Karine (quantik mama). Je crois encore plus en la physiologie du corps, en la puissance des femmes et la sagesse des bébés à se mettre au monde . Plus jamais je ne laisserai le paradigme médical décider pour moi quand je suis certaine de mes choix.

Pour conclure, je tiens à dire que cela reste le plus beau jour de ma vie en dépit de tout ça, car c’est ce jour là que je suis devenue mère. 

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