Accouchements à domicile

Naissance de Luna à domicile, Montréal, juin 2020

La naissance de mes 4 autres enfants furent toutes différentes et magnifique, mais à chacune je voulais me réapproprier la naissance, que ce soit le plus naturel possible sans interventions. Accoucher à l’hôpital en étant libre de bouger sans péridurale n’était pas suffisant pour moi. Mon 4ème bébé est né sous l’oeil bienveillant de sages-femmes dans le confort de notre maison et ce fut une expérience incroyable, puissante.
Enceinte de mon cinquième et dernier bébé,les sages-femmes qui m’avaient accompagnées n’étaient pas disponible cette fois, et puis la pandémie est arrivée. Je ne pouvais pas croire que je devais accoucher à l’hôpital encore une fois,comme si j’allais reculer de ce “progrès” que j’avais fait à chacun de mes accouchement. Comment cette naissance se passerait en sachant bien que je serai déçue de ne pas être chez moi comme mon avant-dernier?
Plus le temps passait, plus j’angoissais à l’idée de me rendre à l’hôpital. En plus de toutes les mesures de confinement et l’interdiction d’avoir une accompagnante, je ne sentais pas du tout que ce serait idéal. Secrètement, je préférais accoucher chez moi, au pire appeler une ambulance au dernier moment s’il le fallait. Il me manquait simplement beaucoup de confiance en ma capacité d’accoucher seule. Pourtant les sages-femmes n’avaient qu’observées la naissance la dernière fois,et n’étaient la que pour les détails de l’après naissance.
Tranquillement vers la fin de ma grossesse puisque je devais me faire un plan b autre que celui d’accoucher à l’hôpital, ce plan qui ne me plaisais pas du tout, je me suis faufilée dans le monde des naissance non assistées à l’aide de groupe en ligne et j’ai lue plusieurs récits de naissance libres, des livres, des cours en ligne sur le processus naturel de naissance. Puis lentement mais surement j’ai pris confiance en moi et je savais que les femmes enfantaient ainsi depuis toujours, naturellement et instinctivement. Alors pourquoi pas moi? mon corps sait quoi faire, cela s’est toujours bien passé a chacunes des naissances de mes enfants.
Mon mari était un peu inquiet à l’idée de ne pas être assisté, mais il savait que c’était moi qui portais ce bébé, et que je connaissais mon corps, c’est moi qui avait cette intuition, cette connexion avec ce bébé et que tout irait bien.
Nous voilà donc un samedi soir, à regarder des vidéos de la naissance de mon fils à la maison, puis des autres enfants quand ils étaient plus petits.Toutes les émotions de sa belle naissance remontent. On rit, on est émus.
Dimanche dans la nuit. Il est 3h00 a.m. je me réveille pour aller faire pipi avec des petites contractions qui travaillent dans le bas ventre.
Le seul signe que j’ai que m’annonce la naissance bientôt, sauf peut-être quelques contractions qui travaillent un brin depuis vendredi ou samedi mais c’est tout.
Je suis surprise de me réveiller et sentir ces petites contractions qui m’empêche finalement de me rendormir. Je suis bien trop excitée,c’est peut-être le travail qui commence!

J’avise mon mari qu’il se passe quelque chose, je me demande si vraiment c’est le travail qui débute,dans le doute toujours comme à chacun de mes accouchements. Je suis dans le déni jusqu’à ce que le travail soit bien régulier, même après avoir donné naissance à 4 enfants,hihi!
Vers 6h00 , j’appelle ma doula, Julie pour lui dire ce qu’il se passe. Je lui dit aussi qu’aujourd’hui nous avions prévu l’anniversaire de mon plus jeune et que ça me rend un peu triste pour lui, si nous devons canceller mais en même temps, je ne veux pas retarder la naissance si elle doit se produire aujourd’hui. C’est un détail futile je trouve, mais je me libère l’esprit, il faut que je sois sereine si ça se passe aujourd’hui.
On convient que je rappelle Julie dans 2-3 heures ou avant si ça bouge beaucoup.
Je me repose un peu dans le lit encore, puis je me lève pour aller déjeuner. Les contractions se font plus rares et finalement vers les 9h00 elle s’arrêtent.
Je ne rappel pas Julie comme prévu, je la laisse dormir. Seulement vers 12h00 je lui donne un coup de fil pour lui dire que ça s’est calmé un peu, que je la rappellerais dès que ça repart. Une amie passe chercher quelque chose chez moi. On parle un brin, de tout et rien, comment je me sens,à ce moment je ne suis pas encore certaine que le bébé naîtra aujourd’hui mais je lui dit que je sens que c’est pour bientôt. Ce soir…. demain… on verra!
Entre temps, j’ai décidée de fêter l’anniversaire de mon petit, tôt et pas trop longtemps, car je ne cesse d’y penser et je ne veux pas que ça me bloque émotionnellement et retarde la naissance.
Les grands-parents arrivent, on dîne,on souligne son 4ème anniversaire. J’ai des contractions qui reviennent et elles commencent à être plus douloureuses. Ma mère me dit c’est certain que c’est commencé! Ils partent peu après et me laisse pour que je me concentre maintenant sur ce petit bébé qui a décidé d’arriver aujourd’hui surement!
Voila, j’avais besoin de faire cet anniversaire pour mon garçon. Je sais qu’après j’aurais mon bébé et que c’était mieux qu’on le fasse avant qu’il naisse.
Mon corps sait.
Il est environ 14h00 quand on est seuls à la maison avec les enfants.
Je suggère à mon mari d’essayer le doppler. Si jamais le bébé naît aujourd’hui ce serait bien de savoir l’utiliser!
Un peu avant 15h00, puisque mes contractions se font assez régulières et que je dois me concentrer et respirer doucement à chacune, on conviens moi et mon mari que j’appelle Julie. Je pense que c’est le bon moment.
Elle arrive vers 16h00, avec Martin son conjoint photographe qui prendra les photos de la naissance.
La journée est parfaite, il fait beau, ensoleillé, pas trop chaud. On est tous bien habillés et coiffés pour la petite fête qui a eue lieu.

Les enfants sont heureux et excités d’être là avec nous pour voir la naissance de leur petite sœur ou frère .On leur rappelle que bientôt, il faudra être plus calme et ne pas me poser des questions pendant mes contractions .
Ils mettent de la musique tranquille pour moi, ils ont choisis une playlist pour femme enceinte et accouchement ( je l’ai su après, j’ai trouvée ça si adorable!)
Avec mes filles, on place les illustrations de visualisations de naissance qu’elles ont coloriées pour moi, ensemble, sur la table de cuisine.
On discute moi, mon mari et Julie des trucs et remèdes qu’on a préparés au cas où, pour la naissance. On installe une grande écharpe suspendue à une barre pour me soutenir pendant les contractions.Finalement je n’aurais presque rien utilisé de tout ça, mais je crois que cela a servis à créer cette belle ambiance et focuser sur accueillir ce bébé.
Mon mari et Julie me mettent les tattoos que j’ai choisie, sur les point d’acupression pour la douleur et pour me recentrer et visualiser aussi.
L’ambiance est parfaite.
On parle, on rit , mes contractions sont là, légères mais qui s’intensifient tranquillement.
Puisqu’il fait beau, on décide d’aller prendre une petite marche tout le monde ensemble. À chaque contraction qui arrive, j’ai besoin de m’arrêter, je me suspend au cou de mon mari et souffle chacune d’entre elles en bougeant mon bassin.Elles reviennent souvent, peut-être au 5 minutes.
On s’arrête à l’une d’entre elles devant une maison où l’on entend une musique tranquille et j’ai l’impression qu’ils nous ont vus et ont montés le volume un peu pour nous permettre de valser ensemble cette contraction moi et mon mari. C’était parfait!
On retourne à la maison environ 45 minutes plus tard. Il doit être 18 h00 ou un peu plus. Les enfants s’organisent un souper seuls, une soupe aux lentilles.Mon plus grand qui a 11 ans, se met au boulot à l’aide des plus jeunes.


Ma doula et mon mari sont auprès de moi à chaque contraction. Elles se sont beaucoup intensifiées depuis la marche. Je crois que cela a fait avancer les choses rapidement. Je rentre désormais dans ma bulle.
J’ai besoin dorénavant de mon mari à chacune d’elles pour me poser, souffler, me balancer, et me sentir soutenue. Je commence à faire des sons, elles sont vraiment plus fortes.
Je passe quelques vagues sur le ballon de naissance en bougeant, les bras autour du cou de mon mari .
Il me fait des points de pression sur la main, le pied, ma doula, sur le bas de mon dos et mes filles aussi.
Mon mari écoute le cœur du bébé à l’aide du doppler, je n’en ai déjà presque plus conscience, je suis ailleurs.
Vers 18 h 30, entre une contraction, mon mari demande aux enfants à quelle heure ils croient que le bébé naîtra. 20h00, 21h00 …Mon mari lance que ça sera dans 1h00, je n’y crois pas. Vraiment, déjà si vite? Peut-être est-ce parce que ça se passe si bien, que je ne semble pas être vraiment en douleur.
Les vagues sont maintenant très rapprochées et fortes, peut-être aux 2 minutes, je sens qu’elles me prennent par surprise par leurs intensités.
Je fais des sons plus longs, plus forts, graves, ça travaille.

Splash! Je sens les eaux couler sur le ballon à deux reprises .Bébé descend, c’est intense, il s’en vient !
Vite! C’est le temps de monter à la chambre! Tout était prêt dans un panier pour la naissance mais on n’a pas eu le temps de préparer le lit, tant pis!
Mon mari m’aide à monter les escaliers pour aller au 2e étage. J’ai l’impression que je n’y arriverais pas, c’est si difficile.On y va une marche à la fois, je m’arrête pour une contraction.
Julie met des piqués rapidement sur le bord du lit.Ça pousse, j’ai envie d’aller à la selle mais je ne suis pas capable de marcher jusqu’à la salle de bain, c’est bébé qui arrive! Mon mari est sur le lit devant moi, ma tête posée sur son épaule. Mes enfants sont derrière et regardent la scène sans dire un mot. Mon plus grand filme.
Je m’installe sur le lit à quatre pattes, ça pousse intensément.Julie m’aide à enlever mes shorts. La tête n’est pas loin, je pousse doucement.Je grogne un peu.La tête sort tranquillement, je me retiens de la pousser trop vite pour ne pas déchirer.Je touche la tête de mon bébé, ça y est, il arrive !
Julie me dit que je vais pouvoir attraper mon bébé bientôt ,mais il sort si vite, que je n’ai pas le temps de changer de position. Alors quand le corps sort, vers la 3e poussée, elle attrape ce petit être tout glissant et le pose devant moi.
Je n’y crois pas, bébé est là! Un petit cri pour respirer, un bébé tout rose, la tête remplie de cheveux. Je pleure de joie, c’est trop beau! Mon mari et mes enfants sont tous émus! Et c’est une fille! Quelle belle surprise! Il est 19 h 42. Mon mari avait raison de dire que bébé s’en venait dans 1 heure!!
Luna,ma fille.Je la prends contre moi. Le temps s’est arrêté, le miracle de la vie encore une fois.
Je tente de la mettre près de mon sein mais le cordon est un peu court,je ne veux pas trop tirer. Je la garde collée sur moi du mieux que je peux.
Je sais que le placenta doit maintenant sortir, je suis dans le flot d’ocytocine, il ne tardera pas. Environ une heure plus tard, il sort; je me suis assise sur les genoux de mon mari et ai poussée un peu, il est sorti sans misère. J’ai pris une dose de bourse-à-pasteur juste avant au cas où mon corps en avait besoin, pas de gros saignements, mon utérus est en forme !
On clampe avec une jolie attache tricotée que j’ai fait faire et coupe le cordon un peu plus tard puis ma doula nous fait des empreintes du placenta sur papier. Tout s’est si bien déroulé c’était parfait!
Merci la vie!
Confiance, intuition et instinct m’ont guidée vers cette naissance magnifique! Cette journée remplie d’amour, sera gravée pour toujours dans notre mémoire.

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