Accouchements à l'hôpital

Avril 2020, Naissance de Léonie à l’hôpital, Liège, Belgique

J’ai 33 ans et suis maman solo depuis maintenant quelques mois 😍 Je suis puéricultrice et doula et lorsque je suis tombée enceinte, être accompagnée par une doula me paraissait une évidence !

Rapidement, j’ai constitué un projet de naissance et ai réfléchi à ce que je souhaitais comme accouchement et comme conditions d’arrivée pour mon bébé… Ma volonté était de pouvoir avoir ma doula et une personne proche à mes côtés et d’avoir un accouchement le plus physiologique possible. Dans cette optique, j’ai suivi la préparation virtuelle de Karine.

J’avais envisagé l’accouchement à domicile. Je craignais les premiers jours seules avec mon bébé et ai donc finalement opté pour un accouchement à l’hôpital puisque, malheureusement, aucune maison de naissance n’est suffisamment proche.

L’hôpital dans lequel pratique la gynécologue qui me suivait n’autorise qu’un seul accompagnant. Convaincue du bien fondé de mon souhait, j’ai écrit une lettre à l’hôpital pour leur en faire part en expliquant les raisons. Bien que très réceptifs et ouverts à mes arguments, l’équipe n’a pas pu/voulu déroger à la politique institutionnelle.

Je me suis alors retrouvée face à un choix : poursuivre avec ma gynéco et choisir une seule personne pour m’accompagner le jour J ou changer de maternité et donc de gynéco pour pouvoir avoir les deux accompagnantes souhaitées. Après réflexion, n’ayant aucune certitude de la présence de ma gynéco à mon accouchement (tout dépendrait de ses gardes), j’ai fait le choix de changer.

J’avais la chance d’avoir accompagné un couple dans un autre hôpital, en tant que doula, quelques mois auparavant (novembre 2019). J’avais apprécié le travail de l’équipe, leur accueil à mon égard et j’avais également beaucoup apprécié la gynécologue !

Nous sommes alors en janvier 2020 et je suis à 26 SA, l’hôpital en question se prépare à un déménagement imminent et je décidennm de m’assurer que leur politique restera la même (c’est-à-dire OK pour un deuxième accompagnant s’il s’agit d’un.e professionnel.le), ce qui m’est confirmé par le chef de service. Je contacte alors la gynécologue rencontrée en novembre en lui expliquant de façon détaillée ma situation et mes attentes. Elle accepte et me propose un premier rdv quelques jours plus tard 😍

Au même moment le report du déménagement de l’hôpital est annoncé. Ça ne change « rien » pour moi, mon terme reste prévu après. Nous sommes fin janvier. Le corona est médiatisé mais toujours en Chine et nous ne nous sentons pas encore concernés…

Mon suivi se passe bien et mes réflexions concernant mes souhaits d’accouchement se poursuivent.
Et puis le corona s’est rapproché et au fil du temps la situation future a été de plus en plus incertaine… De semaine en semaine, les mesures changeaient, remettant sans cesse en question « mes plans ».
D’abord déstabilisée, cela m’a poussée à lâcher prise et à accueillir les choses comme elles venaient.

Au moment de mon accouchement, les mesures liées au Covid étaient : un seul accompagnant lors de l’accouchement, le gynécologue de garde obligatoirement, un seul accompagnant à la maternité (avec autorisation d’aller et venir) et pas de visites.

Mon terme est prévu le mardi 21 avril. Il y a une pleine lune le 7 avril et je ne me sens pas prête à ce que mon bébé arrive. Par superstition, je refuse donc de faire ma valise avant cette date 🙈

Le vendredi 10 avril, malgré le confinement, je peux me rendre au magasin pour emporter les meubles de la chambre, la poussette et le siège auto notamment. Le samedi nous montons les meubles et je finalise le faire-part avec le graphiste. Ce que je souhaitais « faire » avant l’arrivée de mon bébé semble en ordre. Dimanche 12, ma maman propose de faire des photos de moi enceinte, nous n’en avons pas. Je passe la soirée à jouer au top modèle avec mon gros bidou 😅

Dans la soirée, je perds le bouchon muqueux. Je sais que cela peut survenir plusieurs jours voir semaines avant l’accouchement et ne me formalise pas, j’accueille juste ce signe que l’arrivée de mon bébé approche. Je vais me coucher tard (vers 1h) après avoir honoré un engagement informatique.

Comme presque toutes les nuits, je m’éveille 2h plus tard pour un premier pipi nocturne, il est donc 3h. À 3h30, je me réveille à nouveau avec une sensation de crampe intestinale. Je fais plusieurs va-et-vient aux toilettes sans parvenir à me rendormir entre les coups et en ayant même du mal à rester couchée. Je décide de télécharger une application pour évaluer la fréquence et la durée des douleurs… 45 à 60 secondes toutes les 5 minutes, ça ressemblerait quand même bien à des contractions !

Le plan dernière version c’est d’appeler la marraine de mon bébé et ma doula quand le travail démarre afin qu’elles m’accompagnent à la maison le plus longtemps possible puis que la marraine me conduise à la maternité où seule la doula restera à mes côtés. La maison est un peu en désordre et je décide de ranger un minimum, je termine aussi les enveloppes des faire-parts 😅 Je m’interromps régulièrement pour accompagner les douleurs mais c’est loin d’être insupportable. Je fais un peu de ballon aussi. Entre 5h et 6h l’application met en évidence un rapprochement, les contractions sont toutes les 2 à 3 minutes. Hum, les plans seraient-ils encore en voie d’être chamboulés ? Ne sera-t-il pas vite temps de démarrer pour la maternité ?

À 6h, ce n’est plus tout à fait la nuit, je décide d’appeler Laura, ma doula, afin d’avoir son avis… Je lui fais donc un topo et durant notre échange m’interromps pour une contraction. Depuis un moment maintenant je les vocalises par un son « a », grave, bas, constant parfois un peu gémissant. En m’entendant, Laura me confirme qu’il lui semble plus opportun de se retrouver à la maternité.

La marraine de mon bébé censée me conduire à la maternité habite à 45 minutes de route. Cela ne me semble pas idéal de l’appeler (d’autant plus pour faire l’aller-retour). Je décide donc d’appeler ma maman qui elle vit à 10 minutes. Il est 6h30 et désormais je vais perdre la notion du temps…

En attendant ma maman, je me change et rassemble mes dernières affaires. À son arrivée je muse de plus en plus mes contractions et le temps entre est de plus en plus court. Elle m’aide à refermer ma valise et embarque mes affaires. Je m’assieds sur le siège passager et me relève immédiatement (« tu avais l’air montée sur ressort » me dira-t-elle par la suite) en disant que je ne saurais pas. Je me place alors à genoux sur la banquette arrière, les bras appuyés sur le dossier et la tête dans le coffre. Mon téléphone à la main qui diffuse une sélection musicale.

Le trajet dure une petite vingtaine de minutes, je ne relève pas la tête du coffre et muse tout du long ou presque. À notre arrivée, nous devons, à cause de la pandémie, porter un masque et passer par un sas pour vérifier notre température et notre identité. Nous devons ensuite présenter les papiers du sas au guichet des urgences avant de pouvoir nous diriger vers l’entrée maternité. En m’entendant à travers le parlophone, la sage-femme se rend compte que le travail est probablement bien engagé (je dis d’ailleurs à ma maman « si c’est une fausse alerte, on va avoir un problème ! ») et vient à notre rencontre à l’ascenseur. Quelle joie pour moi de découvrir Fathia, la sage-femme que j’avais rencontrée en novembre. Je ne la connais pas mais me sens rassurée par ce visage connu, presque familier. Laura, la doula arrive au même moment. Nous convoyons donc toutes les 4 à travers les couloirs moyennant deux pauses contraction. Je n’ai pas de notion de temps, de distance ni d’espace.

À notre arrivée dans la salle, je peux retirer mon masque. Les gens s’affairent autour de moi pour préparer. Je confie mon projet de naissance à la sage-femme et ma maman va rechercher mes sacs avant de repartir. Laura avec qui nous avons beaucoup discuté durant la grossesse et qui sait que j’ai prévu de quoi créer une ambiance rassurante et cocoon (bougies, musiques, photos,…) me demande si je souhaite qu’elle installe des choses. Je suis déjà trop loin et n’ai plus ni besoin, ni envie de ça.

Assez rapidement la sage-femme m’examine, je suis (déjà) à 5 cm de dilatation avec une poche bombée. Je suis debout, accoudée au lit, je muse encore et toujours.

La douleur s’intensifie et mes jambes faiblissent. Je me place à genoux sur le lit, appuyée sur le dossier relevé du lit. Laura m’encourage à vocaliser autant que nécessaire ma douleur.

Une trentaine de minutes plus tard, je demande à être réexaminée, j’ai besoin de savoir où j’en suis… 8 ! La désespérance, le sommet, je sais que ce que je vis est normal et même si je souhaite m’en passer, je réclame la péridurale. Laura et la sage-femme m’encouragent. Je passe à 10 assez rapidement et la poche se rompt. Je baigne dans ce liquide teinté des premières selles de ma fille.

Dans ma tête, j’ai fait le plus dur, maintenant mon bébé va avancer, je vais ressentir le besoin de pousser et ça me fera du bien, me soulagera de le faire… Eh bien non ! Je me sens de plus en plus faible et me couche. La sage-femme m’explique qu’elle va faire venir la gynécologue de garde et qu’elles vont s’équiper selon les mesures liées à la pandémie. Elle m’explique qu’elle ressemblera à un cosmonaute et s’en excuse.

Laura est à mes côtés, elle me soutient et m’encourage. Les contractions s’espacent mais la douleur est toujours extrêmement intense. Je répète que je n’y arriverai pas et demande la péridurale à plusieurs reprises sans la vouloir vraiment. Laura et Fathia font bien « leur job » en m’encourageant et en ne cédant pas à ma demande ❤️

Entre les contractions je dors, je ne sais pas si c’est 30 secondes, 1 minutes ou 10 mais j’ai l’impression de dormir tout en entendant ce qui se passe autour de moi. Durant les contractions je me crispe, je lutte contre la douleur.

La descente du bassin est lente. La sage-femme et la gynécologue me proposent d’autres positions, des positions d’ouverture du bassin pour aider mon bébé mais la douleur y est insupportable. Bienveillantes elle m’aident à me remettre dans une position tenable et me rassurent. Laura est là et m’encourage elle aussi. Je lui dis ne pas réussir à lâcher prise. Elle me parle.

Le temps s’écoule hors de ma conscience mais ça me semble interminable. J’ai l’impression que ma fille ne quittera jamais mon corps.

L’équipe m’encourage à pousser ce que je fais durant les contractions. Par moment le réflexe d’éjection me secoue entièrement, à d’autres moments je tremble de faiblesse. Je crie pour supporter le douleur et pour augmenter ma force. La sage-femme et la gynécologue n’en reviennent pas de mon calme, mon « absence » en dehors des contractions.

Lorsque la tête de mon bébé arrive, la gynécologue me propose de la toucher. Puis arrive cette poussée si particulière celle qui va faire naître officiellement mon bébé mais aussi celle qui va stopper instantanément la douleur. Ce passage d’une fraction de seconde ou après la deuxième épaule tout le corps de ma fille s’échappe de moi avec une facilité déconcertante et ce bruit humide. Elle est là, je n’ai plus mal ! Il est 11h35…

L’équipe s’extasie, me félicite et moi je tiens ma fille contre moi dans une explosion d’émotions. Je me demanderait presque ce qui m’arrive !

J’ai accouché le lundi 13 avril en fin de matinée, 4h après mon arrivée à la maternité. Ma doula a pu être à mes côtés et la charge de travail ce jour-là a permis à la sage-femme de rester près de nous presque tout le temps. Elles ont été d’un soutien inestimable et m’ont aidée à vivre l’accouchement que je souhaitais, sans péridurale. La gynécologue de garde a été au top aussi !

Quelques heures après la naissance, ma doula est repartie et c’est ma maman qui a pris le relais. Elle repartait les nuits et revenait les journées (souvent fin de matinée). Le séjour à la maternité s’est très bien passé, dans le calme et la sérénité (tellement bien que j’ai eu du mal à partir 😅). Les sage-femmes, bien que dans une situation particulière (déménagement récent, port du masque permanent, mesures particulières,…) ont toujours été disponibles, à l’écoute. À aucun moment je ne me suis sentie exposée à un danger lié à la pandémie.

L’absence de visites, bien que décevante au départ, a été un véritable plus pour mon bébé et moi! Nous avons pu vivre un démarrage en douceur et serein. Nous avons vécu tout le séjour à la maternité à notre rythme, en peau à peau.

Pauline

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